Comment réagir face à un cheval qui se cabre ?

Un cheval qui se cabre peut-être très dangereux pour son cavalier, que ce soit à pied ou monté. Certains chevaux se cabrent de façon systématique chaque fois qu’on leur demande de faire quelque chose qui ne leur plait pas.

Les cavaliers de tels chevaux se sentent souvent démunis face à ce comportement car ils disposent de peu de moyens pour résoudre la situation.

Quelle est la cause de ce comportement chez le cheval ? Et comment faire pour lui apprendre à se comporter autrement ?

Pourquoi le cheval se cabre-t-il ?

Le cabré, un comportement naturel chez les chevaux

Le cabré est un comportement naturel chez les équidés, plus fréquent chez les hongres et les mâles que les juments.

C’est un comportement combatif : les jeunes mâles se cabrent d’abord pour jouer, puis à l’âge adulte pour s’affronter. 

Avec l’homme, ce comportement peut se produire pour différentes raisons :

Le cheval qui se cabre pour se soustraire à la douleur

Si votre cheval ou poney souffre lorsque vous le travaillez, par exemple à cause de problèmes physiques (problèmes de dents, de dos, etc.), à cause d’un matériel inadapté (selle, filet, licol mal ajusté…), ou bien à cause des actions du cavalier (mains trop dures, action des éperons trop forte, coups de sonnette sur le licol éthologique ou sur le mors, etc.) il peut se cabrer car il ne trouve pas d’autres solutions pour se soustraire à la douleur.

Il convient donc avant toute chose de vérifier que ce comportement ne provient pas d’une cause physique.

Le cheval qui cabre pour échapper à une situation anxiogène

Quand le cheval se retrouve dans une situation source de forte anxiété pour lui et qu’il ne trouve pas de solutions pour s’en sortir, il peut se cabrer pour échapper à la situation.

Un cheval qui se cabre car il a peur

Cela peut être le cas si le cheval a peur de quelque chose (objet, endroit, passage délicat, monter dans le camion, etc…) ou qu’il est grégaire et a peur de quitter les copains, les écuries, etc. et refuse de se porter en avant.

Le cheval peut également avoir peur quand on l’approche avec un objet (cravache, pulvérisateur, tondeuse, etc.)

Si le cavalier s’énerve, augmente la pression (entre mains et jambes monté ou en tirant sur la longe à pied) voir le punit, l’anxiété du cheval augmente encore plus et sa seule solution est de se sortir de là à tout prix.

Dans ces situations il se cabre donc pour se débarrasser de la pression (l’humain) et s’enfuir.

Le cheval qui se cabre par excitation et/ou frustration

Le cheval peut se cabrer par excitation mal-contrôlée, par exemple lorsque on le sort du box pour aller au paddock et qu’il est pressé d’y aller, ou lorsqu’il se trouve dans une situation forte en stimuli extérieurs : concours, rassemblements de chevaux, etc.

Un cheval qui se pointe par excitation

Ce comportement est fréquent à pied chez les entiers et les étalons qui ont du mal à contrôler leur excitation à l’approche d’autres chevaux.

Certains chevaux peuvent aussi se cabrer par anticipation, par exemple si on galope toujours au même endroit en balade, le cheval peut devenir très excité à l’approche de la zone de galop et se cabrer si le cavalier lui demande de rester au pas.

D’autres peuvent également se cabrer par frustration, par exemple lorsque le cheval veut aller brouter sur le chemin de l’écurie ou aller voir d’autres chevaux et que le cavalier l’en empêche.

Le cheval qui se cabre par incompréhension

Au travail (que ce soit à pied ou monté), le cheval peut se mettre debout car il ne comprend pas la demande de son cavalier.

Ou plutôt, il propose une réponse aux demandes du cavalier et si celui-ci retire la pression à ce moment-là, alors le cheval apprend qu’en se cabrant il retire le stimulus aversif.

Monté, si le cheval ne comprend pas l’exercice et qu’il est pris entre les jambes et les mains, il ne peut ni avancer, ni reculer, sa seule solution est alors d’aller vers le haut pour se débarrasser de la pression des jambes et des mains.

Pourquoi le cheval se cabre-t-il dans ces situations ? Tout simplement parce que ça marche !

Si le stimulus aversif se retire ou si le cheval échappe à ce qui lui fait peur en se cabrant, alors le cheval aura trouvé la réponse à la situation qui lui posait problème. C’est là que SA solution représente un problème pour nous.

Un cheval qui se cabre monté

Il a donné cette réponse une fois, pour diverses raisons vues plus haut et le cavalier a validé la réponse malgré lui : il a enlevé la pression au mauvais moment c’est-à-dire quand le cheval se cabrait.

Le cheval apprend de toute situation, ce que l’on fait n’est jamais neutre.

Par exemple à pied, quand le cheval s’est mis debout le cavalier a pris peur : il a reculé, cessé sa demande et lâché la longe. Le cheval a alors compris qu’en se levant il peut retrouver du confort : la pression cesse, il se débarrasse de la situation anxiogène et il retrouve sa liberté, par exemple pour aller brouter plus loin ou rejoindre les copains.

Monté, lorsque le cheval s’est cabré le cavalier a eu peur et s’est jeté en avant et a relâché mains et jambes puis il a arrêté l’exercice demandé, ou bien il est descendu / il est tombé : le cheval a compris qu’en agissant ainsi il peut se libérer de la pression et retrouver son confort.

Il va donc continuer de reproduire ce comportement pour obtenir la même réponse.

Comment réagir lorsque le cheval se cabre ?

Il va falloir construire de nouvelles habitudes pour vous comme pour votre compagnon équin, afin de modifier son comportement face aux situations anxiogènes, excitantes ou frustrantes.

Rappelons toutefois que lorsque le cheval se cabre, son comportement n’est pas dirigé contre le cavalier. Il ne réagit pas ainsi par méchanceté ou pour « embêter » son cavalier.

C’est juste une solution qu’il a trouvée pour échapper à une situation désagréable ou stressante pour lui et/ou pour obtenir ce qu’il veut (ex : aller rejoindre les copains, aller brouter).  

S’énerver ou le punir ne fera que renforcer ce comportement.

Les prérequis pour le cavalier

  • La remise en question : Si ce que j’ai fait n’a pas fonctionné jusque-là je me remets en question et je change mes gestes, comportements ou attitudes. « Si vous continuez de faire ce que vous avez toujours fait, vous obtiendrez ce que vous avez toujours eu ».
  • La pédagogie : Je définis clairement mes objectifs, j’utilise un langage compréhensible pour le cheval et je cherche à comprendre les causes de réussite ou d’échec. Je décompose mon objectif final en petits sous-objectifs.
  • Savoir lire son cheval : Je prête attention à son comportement et je sais reconnaitre les signes d’anxiété, de frustration ou d’incompréhension.
  • Savoir anticiper :  J’anticipe les situations dans lesquelles mon cheval est susceptible de se cabrer et je réagis en conséquence.
  • Développer son self control : J’apprends à me contrôler avant de vouloir contrôler le cheval
  • Rester dans la bienveillance et ne pas prendre les choses personnellement
  • Persévérer : en effet il y a de grandes chances pour que votre cheval essaie de se cabrer plus fort avant de s’apercevoir que cette réponse ne fonctionne plus maintenant.

Les prérequis pour le cheval

  • Céder à la pression du licol vers l’avant et vers le bas à pied : Si votre cheval sait comment répondre lorsque vous mettez une pression sur la longe il sera moins susceptible de se cabrer par réflexe d’opposition.
  • Réaliser une flexion latérale de manière légère à pied et monté des 2 cotés.
  • Connaître les 4 mouvements de bases à pied et monté : avancer, reculer, mobiliser les hanches, mobiliser les épaules.
  • Avoir des conditions de vie respectueuses de son bien être : avoir une vie sociale, manger et boire, se déplacer à volonté.

Comme expliqué plus haut, il est essentiel de vérifier avant toute chose que le cheval ne souffre d’aucune douleur physique pouvant justifier son comportement.

Bien préparer ses séances de travail

Bien préparer votre séance de travail en identifiant clairement vos objectifs, les exercices que vous allez réaliser et comment vous allez les enseigner au cheval vous permettra d’être plus clair dans vos demandes et d’éviter des problèmes d’incompréhension.

Ce que vous demandez au cheval doit être clair dans votre esprit. Si vous n’êtes pas sûr de ce que vous voulez obtenir, le cheval le décidera pour vous !

Soyez pédagogue : Décomposez les exercices, et si vous voyez que votre cheval ne comprend pas ce que vous lui demandez, réfléchissez à des solutions pour lui faciliter la compréhension de l’exercice, par exemple en lui demandant quelque chose de plus simple. 

Lorsque vous abordez le travail monté, commencez par isoler les demandes des mains et des jambes afin que le cheval comprenne bien leurs différentes actions avant de les recombiner.

Mettez ensuite en place l’aide discriminante de l’assiette, en effet l’aide de l’assiette permettra par exemple au cheval dans la flexion d’avancer, s’arrêter ou reculer selon les indications de l’assiette du cavalier.

Prenez un temps de réflexion sans votre cheval pour évaluer si vous respectez bien le principe d’apprentissage qui consiste à avoir : un signal = une réponse. Avez-vous bien des codes/aides distinct(e)s pour demander à votre cheval d’avancer, s’arrêter, reculer, aller au trot, tourner ?

Bien souvent le cheval résiste par manque de clarté de nos aides. Il faut alors prendre le temps de lui expliquer plus clairement les choses avant de lui expliquer plus fortement.

Variez le travail, faire toujours les mêmes choses aux mêmes endroits est un bon moyen d’apprentissage pour le cheval mais peut générer de l’excitation dû à l’anticipation (exemple les départs au galop). De même, répéter de trop nombreuses fois le même exercice peut devenir frustrant et causer des défenses ou de la résignation chez certains chevaux.

Pensez à votre sécurité

Un cheval qui se cabre en main peut-être très dangereux pour la personne qui le tient, surtout s’il accompagne ce geste en boxant des antérieurs.

Si votre cheval a tendance à se cabrer en main, faites attention à votre propre sécurité et équipez-vous correctement lorsque vous le manipulez.

Pensez à utiliser une longe suffisamment longue (3m70 minimum) de manière à pouvoir conserver une distance de sécurité sans avoir besoin de lâcher la longe.

Le licol éthologique a une action plus précise que le licol plat et son utilisation vous permettra d’être plus efficace dans vos demandes.  

Pensez également à vous munir d’un stick ou d’un carrot stick de manière à pouvoir vous en servir pour mobiliser les hanches et les épaules du cheval.

SI vous n’avez pas le niveau ou les connaissances nécessaires pour réaliser les exercices décrit ci-dessous, ne les essayez pas seul, faites-vous accompagner par un enseignant ou une personne expérimentée.

Comment réagir lorsque mon cheval se cabre en main ?

Mobiliser les postérieurs en flexion latérale

Lorsque votre cheval se cabre, tout d’abord pensez à votre propre sécurité.

Éloignez-vous suffisamment de ses antérieurs et placez-vous sur le côté. Ne tirez pas sur la longe face à lui, cela peut causer un réflexe d’opposition chez le cheval qui va alors se lever encore plus haut au risque de se renverser. 

Mettez-le en flexion latérale pour le faire redescendre et, tout en conservant la flexion latérale, mobilisez fortement ses postérieurs du même côté.

Un cheval qui se met debout reporte tout son poids sur les postérieurs et en a donc le contrôle. En mobilisant les postérieurs de votre cheval vous reprenez le contrôle de ses postérieurs qu’il ne peut plus utiliser comme bon lui semble.

Lorsque vous mobilisez les postérieurs du cheval, faites bien attention à ce qu’il ne vous pousse pas en même temps avec l’épaule qui est vers vous car dans ce cas il va avoir l’impression que c’est lui déplace vos pieds et vous risquez d’obtenir exactement le contraire de ce que vous vouliez.

Veillez donc à avancer vos pieds vers ses postérieurs (avec une flexion latérale de l’encolure vers vous) pour lui demander de les croiser et en même temps vérifiez que son épaule ne vienne pas sur vous.

Voici comment procéder :

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Si le cheval se lève à nouveau, recommencez à mobiliser les hanches en flexion latérale.

Si le cheval se cabre par frustration parce qu’il veut aller quelque part, rendez l’endroit où il veut aller désagréable (en le faisant travailler à cet endroit) et l’endroit où vous voulez aller agréable pour lui (en le récompensant ou en ne faisant rien).

Une fois que le cheval est redevenu calme, reprenez ensuite ce que vous étiez en train de faire.

Utiliser l’exercice de la feuille qui tombe pour régler les problèmes de surexcitation ou de frustration

L’exercice de la feuille qui tombe combine la mobilisation des hanches et la mobilisation des épaules en rapide succession.

Cet exercice est très efficace pour récupérer l’attention d’un cheval déconnecté et pour calmer un cheval surexcité ou frustré.

Anticipez en prêtant attention au comportement de votre cheval : aux premiers signes d’excitation vous pouvez utiliser cet exercice pour le reconnecter à vous.

Voici une vidéo explicative détaillant la manière de réaliser l’exercice de la feuille qui tombe :

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Comment réagir lorsque mon cheval se cabre monté ?

Mobiliser les postérieurs en flexion latérale

Lorsque votre cheval se met debout quand vous le montez, vous allez devoir reprendre le contrôle de ses postérieurs, comme expliqué ci-dessus.

Pensez d’abord à votre sécurité : quand le cheval est debout mettez-vous en avant en vous appuyant sur les étriers et attrapez la crinière ou l’encolure pour éviter de tomber. Ne vous cramponnez surtout pas aux rênes et ne vous penchez pas en arrière au risque que le cheval se renverse.

Essayez autant que possible de maintenir la ou les pressions que vous étiez en train de mettre sur le cheval afin qu’il comprenne que le fait de se cabrer ne retire pas la pression.

Dès qu’il est revenu à terre mettez le immédiatement en flexion latérale pour l’empêcher de se cabrer à nouveau. Mobilisez ensuite ses postérieurs du même côté pour reprendre le contrôle de ses pieds.

Gardez le contrôle de vos émotions et ne le prenez pas personnellement. Maintenez une attitude de ferme bienveillance à son égard.

Dans cette vidéo, nous expliquons comment apprendre à votre cheval à déplacer ses hanches et ses épaules, d’abord à pied, puis monté :

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Une fois que le cheval répond bien à vos sollicitations et que vous sentez qu’il est focalisé sur vous et plus sur la cause de son comportement, reprenez ce que vous étiez en train de faire.

Essayez d’anticiper les actions de votre cheval, si vous savez qu’il a tendance à se pointer lors de certaines situations, soyez attentif aux signes précurseurs (le cheval ne répond plus aux jambes, se bloque, reporte son poids vers l’arrière, met des coups de tête, se crispe, etc.).

Mettez-le en flexion latérale et mobilisez ses hanches dès la moindre amorce pour l’empêcher de se lever.

A force de répétition, le cheval comprendra que se cabrer n’est pas une solution et n’a que peu d’intérêt pour lui.

Quand le cheval se cabre parce qu’il a peur

Si votre cheval se cabre pour se libérer d’une situation anxiogène comme expliqué plus haut, prenez le temps de l’éduquer pour lui apprendre à être plus courageux et à mieux gérer ses peurs.

Nous traitons de cela en détail dans l’article : Mon cheval a peur de tout, que faire ?

Les critères de réussite

  • J’ai le contrôle des pieds de mon cheval partout et tout le temps.
  • Je suis capable de percevoir, analyser et contrôler mes émotions.
  • J’ai trouvé comment expliquer à mon cheval ce qu’il doit faire et ne pas faire, sans violence et dans le calme
  • Mon cheval ne se cabre plus et a trouvé d’autres solutions plus sécuritaires pour moi
  • Mon cheval reste calme dans les situations sources d’excitation.

Que faire si ça ne marche pas ?

Une fois ce comportement acquis, il n’est pas toujours facile de le faire passer définitivement.

En effet si le comportement est bien ancré car il a fonctionné de nombreuses fois dans le passé, malgré le travail réalisé le cheval est susceptible de le reproduire à nouveau dans certaines situations qui lui rappelleront les fois où se cabrer était une solution pour lui.

C’est un phénomène bien connu qui se nomme « récupération spontanée ».

Si vous rencontrez toujours des difficultés, ne vous mettez pas en danger ! Faites appel à un professionnel compétent qui saura vous aider à rééduquer votre cheval en toute sécurité. N’attendez pas que la situation se détériore.

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