La peur à cheval, comment la maitriser et s’en libérer ?

Un jour ou l’autre, tout cavalier est confronté à la peur à cheval. Qu’elle soit consciente ou inconsciente et justifiée ou non par rapport à la situation présente, la peur est une source de blocage essentielle en équitation, qui empêche le cavalier de profiter pleinement de sa passion.

Mais alors, comment faire pour maîtriser sa peur et s’en libérer ?

Les peurs à cheval

Les peurs les plus courantes sont la peur de perdre le contrôle (se faire embarquer, ne pas contrôler la vitesse ou la direction) et la peur de tomber et de se faire mal.  

Parfois, la peur est en lien avec une activité spécifique (trotter ou galoper, sauter, aller en balade, etc.) ou un cheval spécifique (cheval vif, etc.).

Certains cavaliers ont également peur de l’échec : ils angoissent en imaginant ne pas réussir à réaliser un exercice. D’autres sont anxieux à l’idée de mal faire et d’abimer leur cheval et de lui faire mal.

Le danger de la peur est qu’elle peut complétement envahir le cavalier et lui faire perdre ses moyens : il panique, ne peut plus du tout gérer la situation et a des réactions inadaptées. Pire, il transmet alors sa peur à sa monture, ce qui peut amplifier la situation et le danger.

D’où vient la peur à cheval ?

Les origines de l’anxiété à cheval sont multiples et elle peut survenir à n’importe quel moment de la vie du cavalier, quel que soit son niveau ou l’activité équestre pratiquée.

Elle peut être due à un évènement traumatique vécu par le cavalier (chute de cheval, accident, perte de contrôle) ou bien à une expérience traumatisante qui n’a pas été directement vécue par le cavalier, mais qu’il s’est approprié (par exemple un accident que quelqu’un d’autre lui a raconté ou un film qu’il a vu).

Parfois elle peut être liée à l’âge (« J’angoisse quand je monte car je n’ai plus l’âge de tomber et de me faire mal ») ou aux responsabilités (« Je suis toujours anxieux à cheval, car si je me fais mal je ne pourrais plus travailler, m’occuper de mes enfants, etc.).

Elle peut être réelle et justifiée (par exemple lorsque l’on monte un cheval mal éduqué et incontrôlable en extérieur) mais elle peut également être complètement irrationnelle par rapport à la situation présente.

Que se passe-t-il vraiment ?

Le problème de la peur, c’est qu’elle se nourrit elle-même. L’expérience vécue par le cavalier (ou celle qu’il s’est approprié) crée un traumatisme émotionnel auquel vient s’ajouter une croyance : « Si je galope, je vais perdre le contrôle et je n’arriverais pas à arrêter mon cheval, je vais encore tomber ».

Avec ces pensées négatives en tête, le cavalier anxieux part au galop tétanisé par la peur et perd ses moyens et sa vigilance. Il se crispe, se met en position de sécurité : il se penche en avant, tire sur les rênes et serre ses jambes.

Le cheval, percevant l’anxiété et le stress de son cavalier, et faisant face à des aides contradictoires, devient lui-même stressé et se met à galoper de plus en plus vite… La peur du cavalier se renforce… Chaque membre du couple intensifie la peur de l’autre.

Éventuellement, un autre événement traumatisant / une autre chute se produit, la peur est à nouveau validée et continue de se renforcer.

Les différentes attitudes face à la peur

La plus grande difficulté de la peur n’est pas la peur elle-même (qui n’est qu’une émotion) mais les attitudes et les réactions qui en découlent.


L’arrêt de l’équitation :

Certains cavaliers, incapable de surmonter leur peur, perdent toute confiance en eux et font le choix d’abandonner définitivement l’équitation. L’abandon est souvent vécu comme un échec, causant tristesse et désillusion.


Le déni :

D’autres refusent d’accepter leur peur et occultent complètement leur ressenti. Ils font comme si leur peur n’existait pas et se forcent à continuer leur pratique, allant même parfois jusqu’à surcompenser. Ils montent à cheval « la boule au ventre » mais refusent d’admettre qu’il y a un problème. Ils sont constamment en guerre avec eux-mêmes.


La peur qui bloque la progression :

Certains cavaliers admettent qu’ils ont peur mais n’arrivent pas à dépasser cette émotion. Ils continuent de monter à cheval malgré tout car c’est leur passion, mais sont souvent bloqués dans leur progression et sont privés de faire des choses qu’ils rêveraient de faire (par exemple galoper, partir en balade, sauter) et ne peuvent pas s’épanouir pleinement à cheval.

L’importance de comprendre et d’accepter sa peur

Quelle que soit l’origine de la peur, il est important de l’identifier et de l’accepter afin de pouvoir ensuite s’en libérer. En effet, tant que vous êtes dans le déni ou dans une lutte constante contre vos émotions vous ne pourrez pas vous libérer de vos peurs.

Ensuite il est important d’analyser objectivement les situations où vous avez eu peur, afin de comprendre pleinement les circonstances : quelle était votre attitude, celle du cheval, celle des autres cavaliers, celle de l’enseignant ?

Votre peur était-elle valide ? Par exemple, il est normal d’avoir peur si votre cheval ne répond pas quand vous lui demandez de ralentir ou de tourner, ou s’il est chaud et que votre niveau ne vous permet pas de le gérer. 

L’activité était-elle adaptée à votre niveau et/ou à celui du cheval ? Par exemple si vous ne contrôlez déjà pas le cheval aux 3 allures dans le manège, c’est normal de rencontrer des difficultés et d’avoir peur en extérieur ou à l’obstacle.

Comment avez-vous réagi ? Auriez-vous pu faire quelque chose pour mieux gérer la situation ?

Pouvez-vous faire quelque chose pour empêcher la situation de se reproduire ? Par exemple : prendre des cours avec un professionnel, améliorer l’éducation de votre cheval, réaliser des exercices moins difficiles pour reprendre confiance, etc. ?

Avoir une vue objective des circonstances dans lesquelles vous avez ressenti de la peur vous permettra d’apprendre de vos erreurs et de ne pas continuer à les reproduire, et de trouver des solutions pour vous aider à dépasser vos peurs.

La peur est une émotion, et il est tout à fait possible de la maîtriser pour à nouveau prendre plaisir à cheval.

Comment faire pour dépasser sa peur à cheval ?

Les prérequis pour le cavalier

  1. La posture / La présence : Travaillez sur vous-même et sur les émotions que vous ressentez. Respirez profondément et ne bloquez pas votre respiration. Relaxez-vous et adoptez une posture décontractée.
  2. Le mental / Le monologue intérieur : Concentrez-vous sur le résultat que vous voulez obtenir et pas sur ce qui risque d’arriver. Plutôt que de vous dire que vous allez tomber ou perdre le contrôle, focalisez-vous sur ce vous souhaitez :  « Je vais galoper quelques foulées seulement et tout va bien se passer, je vais être décontracté et garder le contrôle de mon cheval car je sais comment faire ».
  3. Le focus : Faites attention à votre focus. Est-ce que vous anticipez une mauvaise réaction de votre cheval ? Est-ce que vous regardez ce qui vous fait peur (l’obstacle, etc.) ou ce qui est susceptible de faire peur au cheval ? Si vous vous concentrez sur ce qui vous fait peur, vous risquer de transmettre votre peur au cheval !

Les prérequis pour le cheval

  1. L’éducation aux 4 mouvements de bases à pied et monté : avancer, reculer, bouger les hanches, bouger les épaules. Si vous contrôlez les pieds de votre cheval, vous contrôlez son esprit, il sera donc aux ordres et connecté avec vous.
  2. L’habituation pour lui apprendre à ne pas avoir peur quand quelque chose ne le concerne pas.
  3. Des conditions de vie respectueuses de son bien être : avoir une vie sociale, manger, bouger à volonté.

Si votre cheval est bien éduqué, désensibilisé et que vous contrôlez ses pieds, il répondra à vos demandes et n’aura pas peur de son environnement. Par conséquent vous serez plus rassuré lorsque vous le montez.

Pour savoir comment réagir quand votre cheval à peur vous pouvez lire cet article complémentaire : Mon cheval à peur de tout, que faire ?


Décomposer les difficultés pour mieux progresser

Lorsque l’on souhaite dépasser sa peur à cheval, il est essentiel de faire les choses progressivement, pour le cheval et aussi pour le cavalier.

N’essayez surtout pas d’aller trop vite au risque de renforcer votre peur. Faites les choses pas à pas, étapes par étapes et décomposez les difficultés en tout petits sous-objectifs.

Pour cela vous pouvez mettre en place des objectifs SMART : Spécifiques, Mesurables, Acceptables / Ambitieux, Réalistes et Temporellement définis.
Cela vous permettra de planifier votre progression et de pouvoir la mesurer.

Procéder de cette façon vous permettra d’aller un peu plus loin à chaque séance et d’obtenir de petites « victoires » qui vous aideront à reprendre confiance en vous et en votre cheval progressivement.

Par exemple, si vous avez peur des allures vives, vous pourriez mettre en place des tous petits objectifs pour reprendre confiance d’abord au trot, tels que :

  1. Je vérifie que je contrôle les pieds de mon cheval au pas : je peux avancer, m’arrêter, reculer, tourner, mobiliser les hanches et les épaules
  2. Je fais quelques foulées de trot sur le petit côté du manège, d’un coin à l’autre, et je repasse au pas
  3. Je fais quelques foulées de trot sur le grand côté sur une distance précise matérialisée par des plots, puis je repasse au pas
  4. Je trotte sur toute la longueur du grand côté, puis je repasse au pas avant le coin
  5. Je trotte sur le petit côté et le grand côté, puis je repasse au pas
  6. Je fais un tour de manège entier au trot avant de repasser au pas
  7. Etc…

Utiliser un cahier de progression ou des vidéos pour documenter vos progrès et le chemin parcouru vous permettra également de rester motivé.

Les critères de réussite

  • Je progresse au fil des jours
  • Je reprends confiance en moi peu à peu
  • J’arrive à faire des choses qui étaient impossibles avant

Que faire si ça ne marche pas ?

Si vous n’arrivez pas à vaincre votre peur, ne restez pas seul face à elle. Faites-vous accompagner par un professionnel qui ira à votre rythme et qui vous aidera à progresser en prenant en compte votre situation personnelle et vos appréhensions.

Si votre enseignant n’est pas compréhensif avec vous, n’hésitez pas à changer d’enseignant !

Si vous n’arrivez toujours pas à dépasser votre peur, vous pouvez faire appel à un psychologue ou autre professionnel de la thérapie, qui utilise des techniques pouvant vous aider à vous libérez des émotions négatives et des croyances limitantes : TCC  (Thérapie Comportementale et Cognitive), EFT (Emotional Freedom Technique), EMDR (Désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires), Hypnose, etc.

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4 réflexions au sujet de “La peur à cheval, comment la maitriser et s’en libérer ?”

  1. Bonjour,
    Bel article introductif en effet, je recommande egalement deux ouvrages qui m’ont bien aide sur ce point. L’un de Veronique de Saint Vaulry : ‘Quand le cheval a peur’ et l’autre de Agnes Corda : ‘Les peurs en equitations, comment les maitriser’.
    Bonne lecture, Cedric

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